On te raconte comment un pote historien nous a révélé les secrets de la Coit Tower, le monument le plus sous-côté de San Francisco. De l’histoire fascinante de sa bienfaitrice aux messages politiques cachés dans ses fresques, prépare-toi à découvrir un lieu aussi touchant que spectaculaire.
La Coit Tower, un panorama et une histoire à découvrir
Une vue à 360° qui émerveille
D’emblée, prépare-toi à être émerveillé au sommet de la Coit Tower. L’ascenseur, bien que vieux et grinçant (Polux te le confirmera), vaut largement l’effort. Ce n’est pas qu’une simple "belle vue" comme on en voit partout : c’est un véritable inventaire vivant des trésors de San Francisco. À gauche, le Golden Gate Bridge s’étire comme une échine d’acier à travers la brume. En face, Alcatraz flotte, sinistre et fascinant, telle une balise d’histoires sombres au milieu de la baie. Angel Island semble garder les secrets du passé, tandis que les collines s’étendent, parsemées de maisons colorées, serrées comme des sardines heureuses.
Pour les seniors ou ceux qui préfèrent éviter les ruelles escarpées de San Francisco, c’est une alternative idéale : prendre de la hauteur sans effort et comprendre la géographie du lieu en un instant. Il est difficile de trouver un meilleur point d’observation pour saisir l’âme tentaculaire de cette ville.
Les fresques de 1934, un témoignage historique
La Coit Tower n’est pas seulement un point de vue pour touristes en quête d’Instagram. Son véritable trésor se trouve juste sous tes pieds. Au rez-de-chaussée, des fresques murales datant de 1934 couvrent les murs comme un immense roman graphique. Elles plongent directement dans la Grande Dépression, témoignant des luttes, des espoirs et des colères d’une Californie résolue à ne pas céder face à l’adversité.
Pour apprécier pleinement l’expérience de la Coit Tower, ne te limite pas à la vue : plonge dans ces fresques où réside toute l’âme du lieu.
Lillie Coit, la femme libre derrière la tour
Une femme libre et passionnée par les pompiers
Lillie Hitchcock Coit, née en 1843, mérite d’être connue. Dès ses 15 ans, elle défiait les conventions : voyant un camion de pompiers en difficulté sur Telegraph Hill, elle retroussa sa robe (pantalons sous la jupe, un vrai scandale à l’époque) pour les aider à pousser la machine. Elle devint alors la mascotte de la Knickerbocker Engine Company N°5.
Lillie détonnait : elle fumait le cigare comme un capitaine, pariait dans des clubs masculins, et portait des pantalons là où corsets et minauderies étaient la norme. Sa passion ? Les pompiers. Elle participait à leurs entraînements et s’imposait dans leurs processions officielles – un spectacle étonnant pour l’époque.
J’ai une affection particulière pour ces insoumises qui préfèrent défier les regards plutôt que de vivre enfermées – une rareté, même aujourd’hui.
Un héritage pour embellir San Francisco
À sa mort en 1929, Lillie légua un tiers de sa fortune – environ 225 000 dollars de l’époque – « pour embellir la ville que j’ai toujours aimée ». Ce legs permit à Arthur Brown Jr. et Henry Temple Howard de concevoir cette audacieuse tour Art déco qui domine aujourd’hui le sommet de Telegraph Hill.
Beaucoup racontent que la tour ressemble à une lance d’incendie en hommage aux pompiers. Si cette idée amuse les guides touristiques, il s’agit surtout d’une coïncidence architecturale – ce mythe mérite d’être dépassé.
"J’ai toujours voulu que San Francisco sache combien je l’aimais – qu’il reste quelque chose debout après moi pour veiller sur elle." (Citation apocryphe reflétant l’esprit bravache de Lillie)
Un don désintéressé et une vie dédiée au panache et à l’anticonformisme. C’est ce qui fait que la Coit Tower est unique : elle porte l’ADN d’une femme libre.
Les fresques murales, un trésor caché de la Coit Tower
Un témoignage artistique de la crise de 1929
Les peintures qui ornent la rotonde de la Coit Tower ne sont pas un simple décor pour touristes pressés. Elles sont l’œuvre d’une génération d’artistes marqués par la crise de 1929, embauchés grâce au Public Works of Art Project – premier programme fédéral à rémunérer les artistes. En 1934, San Francisco oscille entre pauvreté et espoir, et c’est ce monde qui s’exprime sur les murs.
Ces fresques illustrent un pan de la Californie populaire : ouvriers sous le soleil dans les champs, dockers chargeant des cargaisons, familles dans des trottoirs bondés où fleurissent magasins et journaux. Loin des images banales, chaque scène transpire la sueur et la volonté de vivre. Parmi les 26 artistes, on compte Victor Arnautoff, dont le pinceau ironique croque la vie urbaine ; José Moya del Pino, maître des perspectives rurales lumineuses ; et Bernard Zakheim, qui saisit l’intimité studieuse d’une bibliothèque publique. Tous apportent un regard social sans idéalisation : même les banquiers paraissent soupçonneux, et les enfants jouent loin des regards indiscrets.
Messages politiques cachés et controverse
Un épisode marquant : lors d’une visite avec un historien local passionné, j’ai découvert des détails invisibles au premier regard. Sur une fresque d’Arnautoff, un homme lit le Daily Worker, un journal communiste interdit plus tard aux États-Unis. Plus loin, un ouvrier tend un tract politique, et un graffiti "Strike!" est caché derrière une pile de livres. Ces détails ont failli être effacés, car des groupes conservateurs réclamaient la suppression de tout message subversif.
L’influence du muralisme mexicain est évidente ici : bien que Diego Rivera n’ait pas directement travaillé sur ces murs, il en fut une source d’inspiration avec ses couleurs vives, sa perspective éclatée et son attention au peuple. La censure pesait lourdement sur les artistes : certains détails furent retouchés à la dernière minute ou camouflés sous des couches trompeuses. Pour comprendre San Francisco, c’est ici que ça se joue, bien loin des brochures officielles trop lisses.
Trois fresques incontournables à découvrir
- City Life (Victor Arnautoff)
Une scène urbaine foisonnante où chaque personnage semble pris sur le vif. Dans un coin, des policiers surveillent du coin de l’œil une transaction douteuse – une critique discrète mais mordante du pouvoir et des inégalités sociales. - Library (Bernard Zakheim)
Un bijou caché représentant la bibliothèque publique remplie d’étudiants absorbés. Un détail à ne pas manquer : un lecteur tend à son voisin un exemplaire du Capital de Marx dissimulé derrière une pile anodine, glissant ainsi ses idées sans bruit. - California Agriculture (Maxine Albro)
Une fresque qui respire la terre et le soleil : travailleurs agricoles cueillant fruits et légumes à pleines mains. Chaleureuse mais sans naïveté, elle rend hommage aux anonymes qui nourrissaient alors toute une Amérique affamée.
Ne te contente pas de lever les yeux ; lis entre les lignes peintes et écoute ce qu’elles n’osent pas dire à voix haute. La Coit Tower offre une vue unique sur San Francisco, mais ignorer ces fresques engagées serait passer à côté de son véritable trésor.
Activités à découvrir autour de la Coit Tower sur Telegraph Hill
Observer les perroquets sauvages de San Francisco
Qui aurait cru croiser une bande de perroquets exubérants en plein San Francisco ? C’est pourtant l’un des charmes inattendus du quartier ! Après ta visite, tends l’oreille : sur Telegraph Hill, une colonie bruyante et colorée de cherry-headed conures peut apparaître. Ces perroquets verts à tête rouge descendraient d’oiseaux domestiques échappés d’une animalerie dans les années 1980, formant aujourd’hui une dynastie urbaine. Perchés sur les branches, ils piaillent au-dessus du tumulte, offrant une scène insolite qui fait sourire même les jours de brouillard.
En restant patient et discret, tu pourras observer leurs acrobaties – un spectacle captivant, selon Polux et moi.
Descendre par les Filbert Steps, une promenade bucolique
Pour redescendre de la Coit Tower, évite la route bétonnée et emprunte plutôt les Filbert Steps. C’est non seulement plus doux pour les genoux (et crois-moi, c’est important), mais tu traverses un escalier secret niché dans une végétation luxuriante : rosiers sauvages, citronniers odorants, jasmins parfumés… un véritable oasis en pleine ville.
Les marches serpentent entre des maisons en bois pittoresques, dont chaque jardin rivalise d’excentricité botanique. Le chemin est court mais inoubliable par sa tranquillité et son originalité. Attention : fais-le bien en descendant, surtout si tu n’es plus adepte des crossfit matinaux, sinon tu risques d’y laisser plus que ta sueur !
Tu termines la promenade avec la sensation d’avoir découvert un coin de San Francisco que beaucoup de locaux ignorent encore. C’est ainsi que se conclut une visite réussie – sans artifices, juste l’authenticité du quartier.
Pourquoi la Coit Tower mérite une place dans ton itinéraire
Faut-il visiter la Coit Tower ? Absolument. Ce n’est pas un simple lieu à cocher sur une liste, mais un passage essentiel pour quiconque souhaite comprendre San Francisco au-delà des clichés. Le panorama sur la baie est impressionnant, mais ce qui rend ce lieu unique, c’est le voyage dans le temps au rez-de-chaussée : on ressort avec la sensation d’avoir touché une époque entière, entre éclats artistiques et audaces féminines.
Peu de sites transmettent aussi intensément la sensation que chaque pierre, chaque coup de pinceau défie l’ordre établi – une expérience bouleversante. Mon souvenir le plus atypique ? Polux, mon Bengal, confortablement installé dans mon sac à dos, hypnotisé par les cris déjantés des perroquets sauvages pendant que je décryptais les fresques… Un duo d’explorateurs difficilement égalable !




